Vendredi 25 novembre 2005, Saigon (suite)
Nous avons encore attendu 1 heure et je commençais à désespérer de revoir le Directeur...
Le Directeur a quand même fini par réapparaître et Marie s'est présentée pour lui faire savoir que j'étais là. Il m'a regardé, m'a adressé un petit signe de tête, puis il est reparti dans son bureau. Mais cette fois-ci, j'avais le pressentiment qu'il allait enfin se passer quelque chose.
Une demi-heure plus tard, le temps de la réflexion, le voilà de retour. Il demande quelque chose à Mme Yen... et mon coeur bat très fort. Mme Yen sort un dossier, dont il extrait deux papiers. Sur le coup, je suis plutôt déçu, moi qui croyais que Mme Yen allait prendre son téléphone pour me faire rencontrer un enfant, je me retrouve avec deux papiers entre les mains auxquels je ne comprends rien car tout est en vietnamien...
Marie discute avec le Directeur, puis elle m'explique qu'il y a...une petite fille à l'annexe (l'endroit où ils gardent les enfants généralement atteints d'une maladie grave), qu'elle est faible et qu'elle a l'hépatite C... Bien que le tableau qu'on vient de me brosser ne soit pas franchement optimiste, je suis aux anges : il y a une petite fille !!!

Je me plonge donc dans une lecture attentive des documents qui ne sont autres que des analyses de sang et je finis par identifier deux dates, ainsi que la ligne correspondant à l'hépatite C. Je me rends compte que les deux analyses réalisées à deux mois de différence présentent des taux d'anticorps en diminution. Comme je me suis renseigné sur l'hépatite C pendant ma longue attente à Saigon, je sais que c'est plutôt bon signe : en effet, les enfants présentent parfois des taux d'anticorps élevés parce qu'ils ont été en contact avec le virus de l'hépatite C lors de l'accouchement, mais comme ils ne sont pas eux-mêmes atteints par la maladie, ils éliminent ensuite progressivement les anticorps. Pour savoir précisément, il faudrait faire un test PCR qui est plus coûteux et que les orphelinats ne font pas, en général. Le problème, dans ce cas, est qu'ils déclarent que les enfants sont malades et donc non adoptables...

Il y a une petite fille qui nous attend, et il suffit de montrer à l'orphelinat qu'elle n'est pas malade, ce que je crois, pour pouvoir l'adopter. Je propose donc au Directeur de l'emmener faire le test PCR le plus tôt possible. Je sais aussi que si je me suis trompé, nous serons confrontés à une immense déception, car même si nous voulons adopter cette petite fille et la soigner (car des traitements existent), ça ne sera pas possible...
Je croise les doigts pour que tout aille bien, et nous prenons rendez-vous pour le mardi car il faut auparavant ramener cette petite fille de l'annexe le lundi.
Le soir, j'appelle Claire en France et, même si j'essaie de tempérer son enthousiasme pour lui éviter une trop grande déception au cas où, je sens bien qu'elle est déjà sur un petit nuage...
L'attente jusqu'à mardi pour savoir enfin ce qu'il en est sera très longue pour nous deux...